
Deux ans de pilonnage juridique systématique des positions d’Alinghi par les Américains et Russell Coutts ont fini par venir à bout de la patience d’Ernesto Bertarelli qui accepte leur non-sens de naviguer les 8, 10 et 12 février à Valence. Tandis qu’au moins trois recours sont encore en suspens, quel retournement de situation vont-ils encore exiger ?
Comment sortir de l’ornière dans laquelle s’enfonce inexorablement la 33e America’s Cup depuis deux ans, sous les yeux consternés d’une communauté impuissante? Si Alinghi s’est conduit avec légèreté en 2007 en acceptant un Challenger of record au dossier technique mal ficelé aussitôt torpillé par les avocats d’Oracle, les Américains ont depuis la main lourde sur les recours juridiques (8 en 8 trimestres). Le dernier en date (à l’heure d’imprimer Skippers mi-novembre) a consisté à écarter Ras al-Khaimah comme lieu du duel fixé en août 2009 par le Defender (voir Skippers n°33 ou sur Skippers.tv). Là encore, les observateurs indépendants estiment qu’Alinghi a manqué de clairvoyance dans son interprétation du jugement du juge Cahn, qui donnait toute latitude pour organiser la rencontre en février « à Valence ou tout autre lieu désigné par la SNG ». Or, le Deed of Gift stipule bien qu’entre novembre et mars ce lieu doit être situé dans l’hémisphère sud, et cet émirat ne s’y trouve pas. Le juge aurait dû préciser : « selon les règles du Deed of Gift ». Ou, au contraire : « dans les deux hémisphères ». Le juge Cahn parti à la retraite, sa remplaçante, la juge Kornreich, a estimé qu’il n’y avait aucun doute sur ce que voulait dire son prédécesseur qui sous-entendait, bien sûr, « selon les règles du Deed of Gift ». Entre Américains on se comprend, et Alinghi aurait dû s’en douter.
Le paradoxe des Emirats arabes unis
Mais pourquoi Russell Coutts n’irait-il pas naviguer en multicoque aux Emirats arabes unis alors qu’il adore cet endroit ? Certainement pas parce que Ras al-Khaimah n’est pas un endroit sûr, comme l’a mentionné un communiqué offi ciel d’Oracle. La moitié du pétrole mondial transite par cette zone géographique, laquelle se trouve à moins d’une heure de voiture de Dubaï. D’ailleurs, le jour de l’envoi de ce communiqué, la presse en recevait parallèlement un autre de la part de l’association des RC44, vantant les mérites de Dubaï et annonçant la venue de Russell Coutts à la fin du mois. Même topo avec le dernier événement 2010 de la WSTA*, que Louis Vuitton aimerait voir se dérouler à Hong Kong, tandis qu’Oracle pencherait plutôt pour Dubaï ou Abu Dhabi. Son manque délibéré de bonne foi est criant, et les explications attristées de son ancien ami Brad Butterworth, estimant qu’Oracle cherche juste à gagner du temps, revêtent alors une toute autre réalité. Oracle ne serait pas prêt. Les Américains ont cassé leur mât en octobre, et ont commencé à tester, début novembre, leur toute nouvelle voile rigide révolutionnaire. Tout ceci demande du temps, février arriverait donc trop vite…
Officiellement, « nous avons hâte de rencontrer Alinghi sur l’eau »
Lors d’une tentative de conciliation début novembre, Oracle a également refusé les deux lieux proposés par Alinghi pour régater en Australie en février. Si, officiellement, le clan « Americoutt’s Cup » déclare « nous sommes très contents que la SNG et Alinghi soient d’accord avec nous et admettent enfi n que Valence, en février, est l’endroit approprié pour organiser la 33e America’s Cup », il n’a pas pour autant confi rmé sa venue à ladite date. La nouvelle parade américaine la plus fréquemment évoquée consisterait à rappeler qu’Alinghi aurait dû proposer Valence dans un délai de six mois avant la date du duel. Par ailleurs, il reste au moins trois recours sur lesquels les juges américains ne se sont pas encore prononcés, dont celui qui concerne le moteur qu’Alinghi a installé pour hisser les voiles, et qu’Oracle s’est pourtant empressé d’imiter.
Que vont encore inventer Larry Ellison et Russell Coutts ? Peut-on reprocher à Alinghi de se défendre ? Souhaitons qu’il y ait une justice et qu’elle ne soit pas Américaine. Souhaitons qu’Alinghi prenne sa revanche et essuie ces deux ans perdus devant les tribunaux par deux jours gagnés sur l’eau. Et ceci, le plus rapidement possible, afi n que la Coupe redevienne la vitrine sportive la plus glamour de la planète voile. La suite (et les épisodes précédents) sur la rubrique America’s Cup de Skippers.tv…