CEO de la World Sailing Teams Association

Laurent Esquier

Les membres de la SNG se souviendront du passage en Suisse de ce Français résidant à New York, du temps du projet Helvetia I pour l’America’s Cup en 1984. Vétéran de l’America’s Cup depuis 1973, Laurent Esquier a dirigé les opérations du baron Bich pendant trois campagnes, puis celles de Denis Conner, Team New Zealand, Il Moro di Venezia, Prada puis BMW Oracle en 2007. Il représente la World Sailing Teams Association (WSTA), fondée après les Louis Vuitton Pacifi c Series du printemps 2009 à l’initiative de Larry Ellison, Yves Carcelle, Grant Dalton, Bruno Troublé et Russell Coutts pour organiser le Louis Vuitton Trophy.

Texte et photos ) Brice Lechevalier

Pourquoi avoir choisi Nice pour démarrer ces deux années de Louis Vuitton Trophy?
L’association a été créée dans le courant de l’été et la ville de Nice s’est tout de suite portée candidate pour accueillir la première étape, le maire de Nice affichant la volonté de développer les activités nautiques dans la Baie des Anges. Il s’agit de sponsoring et cette première manifestation porte le nom de Louis Vuitton Trophy Nice Côte d’Azur.
Les huit équipes présentes peuvent-elles être rejointes par d’autres sur les étapes 2010 ?
Oui. Les équipes appartenant à l’association s’engagent à courir un certain nombre d’étapes par an, mais peuvent par ailleurs inviter d’autres équipages extérieurs à la WSTA, ce que nous formalisons au cours de meetings, comme à Nice le 19 novembre dernier*.
Quel serait le scénario idéal pour vous ?
En tant que CEO, j’aimerais que ces événements s’élargissent et puissent se dérouler sur une flotte parfaitement homogène et solide, basée sur cinq ou six bateaux issus des dernières technologies et faciles à entretenir, sur lesquels tourneraient les équipages. Nous y réfl échissons beaucoup et nous nous donnons jusqu’à la deuxième moitié de 2010 pour prendre une décision. Mais les Class America mis à disposition sont fragiles, coûteux et inégaux. Naturellement, il faut que le business plan reste viable pour tout le monde, d’autant plus quand le climat conjoncturel reste à la prudence. Grâce à Louis Vuitton et les autres partenaires, tout est mis à disposition des équipes participantes, qui n’ont à leur charge que les salaires, les frais d’hébergements, de nourriture et de transport. Aujourd’hui, chaque événement coûte entre 200 000 et 350 000 euros selon les moyens des équipes, ce qui reste très abordable par rapport aux TP52.
Consultez-vous les autres organisateurs de circuits lorsque vous fi xez le calendrier des courses ?
Dans la mesure où certaines équipes participent aux autres circuits, et que nous partageons également parfois les mêmes comités de course, nous tenons compte des autres circuits pour placer nos quatre événements de trois semaines : Auckland en mars, la Sardaigne en mai, sans doute Newport en août et le dernier, fin 2010, au Moyen-Orient ou à Hong Kong.

Etes-vous en relation avec Alinghi et Oracle ?
Avec Alinghi, de manière informelle et amicale, et avec Oracle, lorsque je participe aux réunions des actionnaires, au même titre qu’avec Artemis ou Synergy. Mais l’America’s Cup n’est pas en ligne de mire pour l’association, nous ne sommes ni une alternative ni un remplacement, nous voulons lui donner une vie propre. Il est possible que des équipes en sortent lorsque la Coupe reprendra son cours normal, d’autres rentreront et nous assisterons à un brassage.

Vous étiez en charge des opérations d’Oracle en 2007, êtes-vous surpris par la radicalisation de leurs relations avec Alinghi ?
Cette dernière année, effectivement, j’aurais pensé qu’ils parviendraient à un plus petit dénominateur commun, je suis désolé que ce ne soit pas le cas.

Verriez-vous le Louis Vuitton Trophy se courir sur des multicoques ?
A priori non, je pense que le match-race évolutif à basse vitesse apporte quelque chose et qu’il faut pour cela un monocoque, dont la taille reste à défi nir.

L’association aspire-t-elle à d’autres types d’événements ?
L’association est conçue pour être une succession d’événements indépendants les uns des autres, pour l’instant sous forme de Louis Vuitton Trophy. L’association réfl échit aussi aux moyens de combler le fossé entre le matchrace de haut niveau et les écoles de voile, que nous convions sur place et qui font partie intégrante du programme offi ciel. Aux Etats-Unis par exemple il y a des Grade 3 partout et tout le temps, ce qui permet d’alimenter le réseau de navigateurs. Pour l’instant, il s’avère très diffi cile de faire le saut entre les Grades 2-3 et le niveau de nos événements. N’oublions pas non plus que les prochains JO accueilleront aussi les femmes en match-racing, ce qui devrait faciliter ce développement.

*calendrier précis et participants des 4 étapes
2010 sur www.louisvuittontrophy.com

Blumi, le maillon suisse de All4one
« Host Team » du Louis Vuitton Trophy de Nice, All4One se distingue par sa double appartenance aux yacht-clubs de Kiel et de Paris ainsi que par sa direction bicéphale franco-germanique avec le barreur, Sébastien Col, et le skipper, Jochen Schümann. L’initiative en revient au Français Stéphane Kandler (lui-même de mère française et de père allemand), patron de K-Challenge lors des deux dernières America’s Cup. Théoriquement, son équipe doit suivre l’intégralité du Louis Vuitton Trophy, même si le budget n’est pas encore complètement bouclé pour tenir les deux années dans la sérénité. Naviguant en match-race depuis 2008 avec Sébastien Col (notamment à Auckland lors des LV Pacifi c Series), et régulièrement en AC ou TP52 avec Jochen Schümann depuis 2001, c’est tout naturellement que Christian Scherrer, alias Blumi, a été choisi pour faire partie du noyau dur de l’équipe. Avec son voisin de chambre français, Yann Gouniot, il règle génois et grand-voile, tout en travaillant également étroitement avec l’Allemand Matti Paschen et, bien sûr, le stratège Jochen Schümann. Lorsqu’il évoque 2010, Blumi axe sa priorité sur le projet All4One, avec l’America’s Cup en ligne de mire. Il devra pour cela jongler avec son agenda de match-race dans un calendrier de régates de plus en plus dense, sans parler de l’organisation du St. Moritz Match Race. « Avant, la saison de voile fi nissait en octobre et reprenait en mars, précise-t-il. Maintenant, nous revenons mi-décembre du World tour en Malaisie et nous recommençons les entraînements All4One en février, en Nouvelle-Zélande. »
Plus d’infos sur www.all4onechallenge.com